Le temps joue un rôle crucial dans une accusation d’alcool au volant. Lorsque le premier échantillon d’haleine est prélevé plus de deux heures après que vous avez cessé de conduire, la dynamique juridique change considérablement. Ce délai, loin d’être anodin, touche au cœur de vos droits fondamentaux protégés par la Charte canadienne des droits et libertés.
L’essentiel en 30 secondes
- Le Code criminel impose que les échantillons soient prélevés « dans les meilleurs délais » (art. 320.28).
- Au-delà de 2 heures, une majoration de 5 mg/100 ml par tranche de 30 minutes s’ajoute au résultat (art. 320.31(4)).
- Un délai injustifié peut constituer une violation du droit à l’avocat (art. 10b) de la Charte).
- L’exclusion de la preuve en vertu de l’article 24(2) de la Charte peut mener à un acquittement.
| Délai avant le 1er souffle | Conséquence juridique | Piste de défense |
|---|---|---|
| Moins de 2 heures (délai normal) | Présomption d’identité s’applique | Contester la procédure technique |
| 2 h à 2 h 30 | Majoration de 5 mg ajoutée au résultat | Contester le calcul de la majoration |
| 2 h 30 à 3 h | Majoration de 10 mg ajoutée | Questionner la justification du délai |
| Plus de 3 heures | Majorations cumulées importantes + délai suspect | Violation possible de la Charte (art. 10b) et 8) |
| Délai inexpliqué au poste de police | Soupçon de violation des droits | Demande d’exclusion de la preuve (art. 24(2) Charte) |
Le cadre juridique : « dans les meilleurs délais » et la fenêtre de deux heures
L’article 320.28(1) du Code criminel autorise un agent de la paix à ordonner le prélèvement d’échantillons d’haleine, à condition de le faire « dans les meilleurs délais ». Cette expression, interprétée par les tribunaux, impose une obligation de diligence aux policiers tout au long du processus, de l’interception au prélèvement final.
Le paragraphe 320.31(4) prévoit une règle spécifique pour les cas où le premier échantillon est prélevé plus de deux heures après la cessation de la conduite : l’alcoolémie présumée est majorée de 5 mg par tranche de 30 minutes excédant ce délai de deux heures. Cette majoration vise à compenser l’élimination naturelle de l’alcool par l’organisme, mais elle crée aussi un enjeu de défense important.
Quand le délai devient une arme de défense
Chaque minute qui s’écoule entre l’interception et le prélèvement des échantillons doit être justifiée. Les tribunaux examinent attentivement les raisons du délai. Des causes acceptables incluent le temps de transport jusqu’au poste de police, l’attente d’un technicien qualifié, ou le temps nécessaire pour permettre à l’accusé d’exercer son droit à l’avocat. En revanche, un délai causé par la négligence, la désorganisation ou le manque de ressources policières peut constituer une violation des droits de l’accusé.
Le droit à l’avocat, garanti par l’article 10b) de la Charte, impose aux policiers de donner à l’accusé une opportunité raisonnable de consulter un avocat avant de fournir les échantillons. Un délai excessif pour permettre cette consultation, ou pire, un refus de laisser l’accusé parler à son avocat, représente une violation grave qui peut mener à l’exclusion des résultats de l’alcootest.
De plus, la Cour suprême du Canada a jugé qu’un délai déraisonnable entre l’interception et le prélèvement peut constituer une fouille abusive au sens de l’article 8 de la Charte, ouvrant la porte à l’exclusion de la preuve en vertu de l’article 24(2).
L’importance du contexte montréalais dans l’évaluation des délais
À Montréal et dans le Grand Montréal, les circonstances locales jouent un rôle dans l’évaluation des délais. La distance entre le lieu d’interception et le poste de police, la disponibilité des techniciens qualifiés selon l’heure de la nuit, et le volume de dossiers traités simultanément peuvent tous être invoqués ou contestés pour expliquer un délai.
Chez BMD Avocats, nous analysons minutieusement la chronologie de chaque dossier. Nous reconstituons heure par heure, parfois minute par minute, ce qui s’est passé entre votre interception et le moment où vous avez soufflé. Cette analyse permet souvent de révéler des périodes inexpliquées qui constituent des violations de vos droits constitutionnels.
Les délais dans le processus de prélèvement des échantillons d’haleine ne sont pas de simples détails administratifs — ce sont des enjeux constitutionnels. Chaque minute compte, autant pour la poursuite que pour votre défense.
Si vous croyez que vos échantillons d’haleine ont été prélevés en retard, appelez BMD Avocats au 514.666.1111. Nous analyserons la chronologie complète de votre dossier pour identifier toute violation de vos droits.
Foire aux questions
Un délai de 2 heures et 15 minutes invalide-t-il automatiquement les résultats ?
Non, pas automatiquement. Le Code criminel prévoit un mécanisme de majoration pour les échantillons prélevés après 2 heures. Toutefois, si ce délai est causé par la négligence policière ou par une violation de votre droit à l’avocat, votre avocat peut demander l’exclusion des résultats. Chaque cas est évalué individuellement.
Les policiers peuvent-ils me garder au poste sans me laisser appeler un avocat ?
Non. L’article 10b) de la Charte garantit votre droit de consulter un avocat sans délai. Si les policiers retardent ou empêchent cette consultation de manière injustifiée, cela constitue une violation de vos droits qui peut entraîner l’exclusion de la preuve d’alcoolémie.




